Publié le mardi 28 avril 2026

L’œuvre du mois de mai

Formée au cinéma et à la photographie à l’Académie royale des beaux-arts de Gand, Elisabeth Broekaert s’oriente rapidement vers la photographie documentaire. À Newport, au Royaume-Uni, elle documente des univers variés, allant de l’unité mère-enfant de la prison d’Askham Grange aux admirateurs de la famille royale britannique, en passant par la scène western anglaise. Ces reportages, publiés dans The Sunday Correspondent, témoignent déjà d’une attention particulière portée aux environnements sociaux. De retour en Belgique, elle travaille comme photographe indépendante pour la presse, développant un regard attentif à l’intime et aux réalités quotidiennes.

Dans les années 1990, lors d’un séjour dans le Maine, aux États-Unis, à l’occasion d’un workshop avec Mary Ellen Mark, Elisabeth Broekaert rencontre la famille Moulton – Ronnie, Laurie et leurs enfants. Cette rencontre donne lieu à une série de portraits et de scènes de vie qui sera publiée dans De Standaard Magazine et le magazine néerlandais Amerika. À travers ces images, dont fait partie cette œuvre du mois, Elisabeth Broekaert documente une existence marquée par la précarité économique, par des aspirations contrariées, mais aussi, et peut-être surtout, par la solidité des liens familiaux. La série, saluée pour sa justesse, reçoit plusieurs distinctions, dont une sélection au Prix provincial de la photographie d’Anvers et le prix de la RTBF au 12ᵉ Prix national Photographie Ouverte du Musée de la Photographie.

Vingt ans plus tard, Elisabeth Broekaert retourne dans le Maine pour retrouver les enfants Moulton, désormais adultes, et observer l’évolution de leurs trajectoires par rapport aux rêves que leur mère, aujourd’hui décédée, nourrissait pour eux. Intitulée Meet the Moultons II, cette nouvelle série se concentre sur Nicky, l’aînée. Mère de deux enfants, elle vit avec sa famille dans un mobile home, et son quotidien est structuré par la vie domestique et l’éducation des enfants. Les images actuelles ne diffèrent de celles d’hier que par leurs couleurs : la vie dans la région demeure tout autant difficile. La série met en évidence la continuité de certaines réalités sociales, tout en interrogeant la transmission des aspirations et des contraintes d’une génération à l’autre. Meet the Moultons II est publiée en 2020 dans De Standaard.

Parallèlement à cette série en deux volets, Elisabeth Broekaert développe de nombreux projets documentaires et artistiques : Let’s Stick Together (2000), consacré aux rituels du mariage ; Vlees is het mooiste (« La beauté de la chair », 2003-2007), une série de portraits de nus dans leur intimité ; et Wonder Baby ? (2019), une recherche visuelle sur l’impact du DES (diéthylstilbestrol) sur trois générations.

Elisabeth Broekaert, de la série Meet the Moultons, Maine, 1995. Épreuve à la gélatine argentique, tirage d’époque, 27 x 40,1 cm. Coll. Musée de la Photographie MPC 98/2027 © Elisabeth Broekaert