Publié le lundi 02 février 2026

L’œuvre du mois de février

Cadrage serré, couleurs denses, lumière intense modulant les formes, tirage carré de grande dimension… autant de caractéristiques qui participent à l’expression esthétique de cette photographie sans divulguer beaucoup de son sujet. Il s’agit là d’un bel exemple de la pratique de Miguel Rio Branco et de sa vision de la photographie, et de l’art, telle qu’il la définit lui-même dans une interview à Magnum en 2021 : in art, you have to have a spiritual issue in between creator and content, a poetic issue as well. Art is not documentation: it is an interpretation (« dans l'art, il faut qu'il y ait une dimension spirituelle entre le créateur et le contenu, ainsi qu'une dimension poétique. L'art n'est pas de la documentation : c'est une interprétation. »).

Cet artiste brésilien, né en territoire espagnol, a développé dès l’adolescence son langage artistique. Fils de diplomates, il voyage beaucoup durant la première période de sa vie. Dès 1964, il expose ses premières peintures. Il a vingt ans quand il se forme au New York Institute of Photography et vingt-deux lorsqu’il part étudier à la School of Industrial Design de Rio de Janeiro. Depuis le début de sa carrière, il use de divers médiums d’expression : peinture, cinéma et photographie. Il est d’ailleurs reconnu par ses pairs dans chacune de ces disciplines. Dans le courant des années 1980, il devient correspondant chez Magnum. Il figure d’ailleurs parmi les quelques photographes choisis par l’agence pour une exposition en 2023 à Paris, Early Colors, retraçant les premiers pas de la photographie couleur au sein de Magnum. Ses images y côtoient celles d’Harry Gruyaert, Constantine Manos ou encore Bruno Barbey. Sa production photographique ne sera néanmoins pas uniquement en couleur, il opte pour le noir et blanc dans un étonnant reportage réalisé de 1978 à 1983 sur le carnaval de Rio. Son travail est conservé dans divers musées d’envergure tels que le Musée National d’Art Moderne de Paris, le MoMA de New York ou encore le San Francisco MOMA.

Dans l’œuvre choisie pour ce mois de février 2026, Miguel Rio Branco réunit bien les éléments clefs de son univers : un cadrage dynamique, une gamme de couleurs chaudes et une prise de vue laissant libre cours à l’interprétation du spectateur. Le titre de la photographie ne guide pas davantage la compréhension de l’image. Il faut noter le pantalon haut et le gilet cintré de l’homme à gauche, ainsi que la tache de sang sur la veste de celui de droite, quelques indices, alliés au lieu de prise de vue, pouvant supposer une photographie réalisée lors d’une corrida. Néanmoins, une identification par la ville où la scène a été captée n’est sans doute pas le but recherché par l’artiste. La composition prime bien sur le sujet, à chacun d’en faire librement sa propre lecture.

Miguel Rio Branco, The Map ou L'île, Madrid, 1990. C-print, tirage d’époque, 78,5 x 78,2 cm. Coll. Musée de la Photographie MPC 2004/1353 © Miguel Rio Branco