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Publié le vendredi 29 avril 2022

Œuvre de mai

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La photographie possède cette incroyable qualité de nous faire remonter le temps, de nous plonger dans des univers aujourd’hui disparus et d’en appréhender les inaccessibles beautés. Ces quatre vues du Japon du XIXe siècle témoignent justement d’un monde en changement. En effet, aux alentours de 1850, le Pays du Soleil Levant s’ouvre à l’étranger après deux siècles d’interdiction promulguée par le shogunat. Jusqu’alors, le Japon vivait sans interférence avec l’extérieur suivant un mode de vie traditionnel. Les premiers étrangers - commerçants, voyageurs et diplomates - arrivant sur le sol nippon apportent dans leurs bagages des technologies jusque-là inconnues ; y figure, bien évidemment, la photographie. Vers 1859, les premiers ateliers photographiques, aussi bien japonais qu’étrangers, s’installent et sont accueillis avec une certaine réticence. L’appareil photographique fait peur, il est considéré comme dérobeur d’âme. Cette croyance est tellement ancrée qu’un interdit empêche les prises de vues de tout ce qui comporte un caractère sacré (le shōgun, l’empereur et son entourage, les temples…). Par la suite, la familiarisation progressive avec la technique s’accompagne de son acceptation au sein de la population. 

L’attrait de l’inconnu et de l’exotisme convainc plusieurs Occidentaux d’installer leurs ateliers photographiques au Japon. Au nombre de ceux-ci, figurent Felice Beato, photographe italo-britannique et grand voyageur, et Charles Wirgman, dessinateur et correspondant de presse anglais, qui s’associent pour fonder, à Yokohama, la firme photographique Beato & Wirgman en 1869. Leur entreprise fonctionne plusieurs années grâce à une reconnaissance rapide et continue. Wirgman colorise les photographies de Beato, un art où il excelle, avec la brillante idée d’utiliser les mêmes teintes et les mêmes peintures que les estampes japonaises. Leur renommée est telle qu’ils font rapidement appel à des artistes locaux pour coloriser leurs épreuves et répondre à une demande grandissante. La technique du négatif à l’albumine ioduré (le réactif d’halogénures d’argent est associé à du blanc d’œuf), employée par Beato, fait école ; les Japonais auront longtemps recours à cette méthode pour réaliser leurs images. Pour les épreuves positives, le choix de l’albumine colorisée est au goût des Occidentaux et se diffuse également. Ces photographies s’exportent en nombre, nourrissant « le japonisme » en vogue à l’époque. 

Des images de qualité très variable voient le jour : de la finesse proche de la réalité à des épreuves colorées à l’excès pour en augmenter l’esthétisme. Tous les sujets sont propices à la technique : paysage, portrait, scène de genre, architecture… L’important est d’offrir une certaine représentation du Japon. Les quatre vues colorisées de la collection du Musée appartiennent donc à cette tradition visuelle. Ces photographies légendées nous font découvrir un pays à la beauté tranquille : la splendeur du Mont Fuji, les habitations traditionnelles en bois, la plantation du riz, les chaises à porteurs au milieu des jardins ou encore les rives du Lac Chūzenji. La colorisation de ces épreuves albuminées se fait par touches : le ciel, quelques détails dans les végétations, les habitations, les vêtements, les points d’eau. Cette parcimonie confère aux photographies de la finesse et une certaine véracité. Si le temps a sans doute atténué l’éclat des couleurs, elles n’en restent pas moins présentes et leur exécution témoigne d’une maîtrise de la technique.

Bien qu’elles comportent un aspect historique, ces vues au caractère pittoresque, où nature, homme et contemplation s’harmonisent, reflètent surtout un Japon idéalisé et figé par la tradition séculaire. 

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Anonyme. Japon. Ca 1870-1880. Épreuves sur papier albuminé colorisées. Tirages d’époque. Coll. Musée de la Photographie, MPC 2003/31.289-290 et .292-293