Publié le vendredi 31 juillet 2026
L’œuvre du mois d'août
Le corps en mouvement, celui qui exulte, danse, saute, joue, se tord, fascine la photographe Barbara Morgan. Née au Kansas en 1900, elle grandit au sud de la Californie. Sensible à de multiples formes artistiques, elle apprend en premier lieu la peinture et l’histoire de l’art. Dans le courant des années 1920, elle côtoie Edward Weston qui éveille son intérêt pour le médium photographique. Elle déménage en 1930 à New York et fait une rencontre qui bouleverse sa vie : celle de la chorégraphe et danseuse Martha Graham.
Pionnière de la danse contemporaine, Martha Graham fonde son école de danse, d’abord uniquement réservée aux femmes, en 1929. Elle y développe une danse en rupture avec les codes classiques du genre où l’expressivité du corps, l’importance de la respiration, et l’impulsivité naturelle des mouvements dominent. Barbara Morgan va abondamment photographier les membres de l’école de Graham et la danseuse elle-même, donnant lieu à une publication en 1941 : Martha Graham : Sixteen Dances in Photographs. Dans ce livre, toute la subtilité du regard de Morgan se déploie : les photographies semblent participer à ce mouvement moderne initié par la danse. Les portraits sont dynamiques, cadrés avec audace et les modèles paraissent flotter dans les airs.
Dans cette veine, la photographe publie également une autre série en 1951 : Summer's Children: A Photographic Cycle of Experience with Children's Camp Life dont est issue l’œuvre du mois. Le titre évoquant « les enfants de l’été » résume parfaitement l’atmosphère de cette photographie. Les rires et les cris s’en échappent, ils bondissent, jouent, dansent, profitent de cet été au bord du lac. La photographie est intemporelle comme cet instant de joie pure capté par Barbara Morgan. Le mouvement des corps, en suspension dans l’air, leur expressivité, sont mis en avant par le fond clair du ciel et la lumière qui en sculpte les contours. Aucun des enfants ne semble percevoir la présence de la photographe, accentuant notre impression d’un instant précieux saisi sur le vif. Les ombres allongées visibles dans l’herbe indiquent que le soleil n’est plus à son zénith, la fin de journée s’annonce et, avec elle, la fraicheur bienvenue de la nuit. « Summertime and the livin' is easy » chantaient en 1957 Ella Fitzgerald et Louis Armstrong sur l’air de George Gershwin, Barbara Morgan, elle, le photographie, cet été où la vie s’écoule doucement.

