Publié le jeudi 02 avril 2026
L’œuvre du mois d'avril
Cette photographie sur papier albuminé du studio de James Anderson mesure 25 cm de haut sur 33 cm de large. Un format non négligeable puisque la technique à l’époque consistait en une reproduction « par contact » entre le négatif sur verre et le papier positif qui étaient alors de dimensions identiques. Lorsque la technique était bien exécutée, le résultat obtenu laissait voir une image très nette, aux profondeurs et aux nuances intenses. Dans le cas de James Anderson, sa maîtrise technique de la chambre photographique est indéniable. La profondeur de champ choisie permet de distinguer les détails dans toute la longueur de la galerie. Le temps de pose appliqué offre une lumière diffuse, enrobant les statues et soulignant leurs proportions académiques. L’image reflète la volonté du photographe de transmettre un document traduisant la réalité de la Galleria delle Statue des Musées du Vatican : à la fois dans son contenu et dans son atmosphère. Il est intéressant de noter que 160 années après la prise de cette photographie, la galerie présente toujours les statues à l’identique. La différence majeure vient de la source extérieure de lumière, bien visible sur la photographie d’Anderson grâce aux ombres, qui est aujourd’hui occultée par des volets pour des raisons de conservation des œuvres.
Il ne s’agit pas d’une production isolée du photographe, loin de là. James Anderson, avec son studio établi à Rome, s’est spécialisé dans la production d’images de monuments historiques de la capitale italienne ainsi que dans la reproduction d’œuvres d’art. Né en Angleterre, il étudie l’art à Paris et déménage en 1838 à Rome où il s’installe comme sculpteur. Il ouvre un studio photographique dès 1853 et s’y forge une solide réputation. Son fils, à son décès, poursuivra l’aventure qui deviendra une véritable entreprise familiale sur plusieurs générations. Aux alentours de 1940, le fonds photographique est repris par la firme des frères Alinari, dont l’origine remonte également au 19e siècle, et une partie des images du studio Anderson est aujourd’hui visible en accès libre sur la base de données de la Fondazione Alinari per la Fotografia.
Dès l’origine du médium, comme le montre l’exemple de l’œuvre du mois, les photographes s’appliquent à produire des images de monuments historiques et d’œuvres d’art. La diffusion par l’image de ces différentes formes d’art apparait comme une petite révolution à l’époque. Il n’est plus nécessaire de faire le déplacement en Italie pour apprécier la qualité de son patrimoine. La photographie remplace progressivement le dessin dans les livres d’art, les manuels et les académies pour illustrer les œuvres. Cet usage n’empêche néanmoins pas de reconnaitre les qualités esthétiques des tirages produits. La maitrise technique combinée à la sensibilité artistique de l’auteur sont gages de reproductions réussies.

