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Publié le mardi 02 février 2021

Œuvre de février

Si ce sont plutôt aux photographies des impasses et des petites rues bruxelloises que l’on songe lorsque l’on évoque Albert van Ommeslaghe, son œuvre photographique, prise dans son entièreté, est ponctuée d’images, certes plus singulières, mais qui révèlent le regard d’un homme qui savait observer et souligner la beauté de ce qui faisait son quotidien, comme en témoigne cette œuvre du mois.

Autodidacte, van Ommeslaghe se passionne pour la photographie dès les années 1930, en marge de sa profession d’avocat. Amateur averti, sa pratique photographique est très diversifiée passant, entre autres, des natures mortes aux paysages, des portraits de chats à ceux de modèles nus. Durant les années 1950, il entreprend de photographier systématiquement les petites rues et impasses bruxelloises. Nombreuses d’entre elles ont déjà disparu lorsqu’il entame sa démarche. Outre l’architecture pittoresque, van Ommeslaghe guette les va-et-vient des passants, les gestes du quotidien des habitants, les jeux de rue des enfants. Ces photographies avaient été mises à l’honneur lors d’une exposition proposée par le musée au Botanique à Bruxelles et, conjointement, dans la publication « Bruxelles au cœur. Petites rues et impasses dans les années 50 » en 1995. Dans son texte d’introduction, Georges Vercheval souligne cette question « En faisant ces photographies, Albert van Ommeslaghe avait-il le sentiment qu'il « faisait de l'Histoire » ? Réfléchissait-il à propos du style de ses images et aurait-il aimé que l'on considère ses photographies comme des œuvres ? ». Ces interrogations sont le propre de ces photographes amateurs n’ayant guère connu de notoriété de leur vivant et dont la découverte d’un fonds découle souvent d’un (heureux) hasard ou encore de la bienveillance d’un proche qui, après un décès, décide de confier les archives photographiques à qui saura en faire la meilleure sauvegarde et le bon usage – comme ce fut le cas pour ce fonds-ci.

L’œuvre du mois choisie dévoile un détail des jambes de Lucienne Lambot, sa seconde épouse et la mère de ses enfants. Cette dernière a souvent pris la pose pour son époux. Certains de ces nombreux portraits sont réalisés avec une volonté et une recherche artistiques, d’autres, plus spontanés, s’inscrivent davantage dans la photographie familiale. Cette photographie-ci ressort quelque peu parmi l’ensemble, elle attire le regard par la délicatesse qui s’en dégage, par l’attention portée aux bas à motif, discret et féminin, par son aspect presque spontané, mais également par ce cadrage particulier et la tonalité douce du tirage (certainement réalisé par van Ommeslaghe lui-même).

Albert van Ommeslaghe figure parmi cette lignée de photographes amateurs sans prétention qui n’ont peut-être pas révolutionné la photographie ou connu une notoriété internationale, mais dont l’œuvre est le témoin d’une époque et d’une pratique. Ce sont souvent des œuvres inégales mais qui démontrent combien ils savaient percevoir et photographier la beauté de ce qui les entourait.

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Albert van Ommeslaghe, « Les jambes de Lucienne », 1939. Coll. Musée de la Photographie MPC 95/114.