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Publié le mardi 05 octobre 2021

Œuvre d'octobre

Nous sommes autour de 1900, dans l’atelier du peintre, graveur et sculpteur Louis-Gustave Cambier (1874-1949), les apprentis suspendent leur geste, d’autres ne prêtent guère attention au photographe. Le modèle vivant au centre semble se fondre au milieu des sculptures. Par comparaison avec un buste sculpté, nous pouvons émettre l’hypothèse que la jeune femme à l’avant-plan soit l’épouse de Cambier. Également peintre, Juliette Ziane (1879-1963) s’est formée dans l’atelier de son époux mais aussi dans ceux de Maurice Denis, Paul Sérusier et Édouard Vuillard à l'Académie de Renson à Paris.
Cette photographie – dont nous ne connaissons pas l’auteur – réunit divers éléments qui, longtemps, ont été interdits.


A l’époque de la prise de vue de cette photographie, il n’y a que peu de temps que les femmes peuvent être considérées comme artistes. Avant cela, elles pouvaient s’adonner au dessin ou à la peinture, mais plutôt comme travaux d’agrément enseignés à toutes les jeunes filles de la bourgeoisie.

Indépendamment de ce milieu privilégié, les femmes qui peignaient ou sculptaient avec talent se retrouvaient suspectées de vices variés et leur féminité était mise en doute. Certains prétendaient ouvertement que trop de pratique artistique nuirait à leur « mission naturelle », celle de donner la vie1. Juliette Ziane a toutefois pu échapper, comme d’autres, à ce « verrou social » mis par le mariage sur sa carrière en épousant un artiste.


Avant 1880, les aspirantes artistes étudiaient principalement dans des ateliers privés dirigés par des peintres d’une certaine renommée (ou par un de leurs proches). L’accès aux écoles d’art – et donc à la perspective d’une carrière artistique – était réservé uniquement aux hommes. Ces ateliers privés n’étaient que très rarement mixtes. L’apprentissage mêlant homme et femme était, en effet, proscrit. La présence de jeunes femmes au cours était considérée comme susceptible de déstabiliser la gent masculine…


La présence de femmes dans des ateliers où posaient des modèles vivants dévêtus était également non autorisée. Rappelons qu’au XIXe siècle, les femmes des classes aisées devaient, selon le dictat de la pudeur, ignorer les réalités de leur propre corps – afin d’éviter d’éveiller un quelconque désir. Si certaines observent leur nudité en secret, d’autres lutteront pour pouvoir accéder à l’étude de modèle dévêtu afin de leur permettre d’obtenir une connaissance de l’anatomie servant de base à la peinture narrative. Soulignons qu’à l’époque, les modèles féminins posaient entièrement nus et les modèles masculins, quant à eux, dissimulaient leur sexe sous un drap.


Autant d’interdictions qui semblent levées sur cette photographie qui donne, dans son contexte du début du XXe siècle, un nouveau souffle bien que – comme nous le savons – le chemin sera encore long avant que les femmes artistes ne puissent être reconnues et s’imposer comme telles.

 



1. Alexia Creusen, Femme et artiste dans la Belgique du XIXe siècle dans Denis Laoureux (dir. scientifique), Femmes artistes : les peintresses en Belgique (1880-1914), Milan, 2016, p.18.

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photo article

Anonyme, Atelier du peintre G. Cambier, Bruxelles ?, ca 1900. Épreuve à la gélatine argentique, tirage d’époque. Coll. Musée de la Photographie MPC 98/2222